Le Grand-Duché de Luxembourg est plus connu pour sa place financière que pour son vignoble et pourtant, ce secteur présente des atouts non négligeables. Les vins luxembourgeois issus des meilleurs cépages que l’on retrouve notamment en France et en Allemagne sont d’une qualité et d’une richesse remarquables.

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La Moselle luxembourgeoise s’étire sur 42 km le long de la frontière allemande marquée par la rivière La Moselle. Elle comprend également quelques parcelles le long de la Sûre. Elle est l’unique région du Grand-Duché dans laquelle on produit du vin, composée de 13 communes allant de SCHENGEN à ROSPORT.

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Situés à une altitude comprise entre 150 et 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, les coteaux de Moselle présentent deux structures géologiques distinctes :

– Au Nord, le canton de Grevenmacher présente la formation dite Muschelkalk, caractérisée par la prédominance de « gradins fissurés de roches calcaires » offrant une vallée de la Moselle étroite et abrupte.
– Au sud, sur le canton de Remich, la formation présente est dite Keuper à base de marnes argileuses, la vallée y étant un peu plus ouverte avec des pentes adoucies.

En 2017, le Grand-Duché de Luxembourg comptait 1 303 hectares de vignoble (dont 1 258 en production) répartis en 310 domaines viticoles dont la surface moyenne est d’un peu plus de 4 hectares.
90 % des cépages sont destinés à produire des vins blancs et 10 % des vins rouges.
Majoritairement, 53 % des surfaces dépendent des coopératives viticoles contre 30 % de viticulteurs indépendants et 17 % de négoce et viticulteurs sous contrat.

En superficie, les cépages qui dominent sont les Rivaner, Auxerrois, Pinot Gris, Pinot Blanc, Riesling et Pinot Noir :

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D’autres cépages plus confidentiels viennent compléter cette palette comme par exemple, les Chardonnay, Gewürztraminer, Saint-Laurent, Sylvaner et Pinot Noir Précoce.

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Les vignes sont en grande partie âgée de plus de 20 ans (59 %) et de 7 à 19 ans (27 %). Tous les ans, sont plantés entre 1.5 et 3 % de la surface viticole totale.
En 20 ans, la surface en vigne a baissé de 3.6 %. Même si le Rivaner est toujours le cépage le plus représenté en 2017, sa superficie a fortement chuté (- 36 %). Il en est de même pour l’Elbling en recul de 53 %. Cette évolution s’est faite au profit de cépages plus qualitatifs comme les Auxerrois, Pinot Blanc, Chardonnay, Pinot Gris et Pinot Noir.
La production s’établit à environ 125 000 hectolitres dont 25 % sont destinés à la production de Crémant du Luxembourg.

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LA REGLEMENTATION VITICOLE LUXEMBOURGEOISE:

Le texte central est le Règlement grand-ducal du 24 août 2016 (Mémorial A n° 187 du 8 septembre 2016), qui constitue le règlement d’exécution de :

– Règlement CE n° 607/2009 de la commission en ce qui concerne les appellations d’origine protégées et les indications géographiques protégées, les mentions traditionnelles, l’étiquetage et la présentation de certains produits vitivinicoles ;
– Loi du 21 janvier 1993 relative au rendement des vignobles, complétée par le Règlement grand-ducal du 15 septembre 1993.
En complément, viennent les textes suivants :
– Règlement grand-ducal du 9 septembre 2009 déclarant obligatoire le périmètre viticole.
– Règlement grand-ducal du 6 mai 2004 fixant les variétés de vigne et certaines pratiques culturales et œnologiques, modifié par le Règlement grand-ducal du 26 novembre 2014.
Ainsi que le cahier des charges de l’Appellation d’Origine Protégée Moselle Luxembourgeoise consultable sur
http://www.ivv.public.lu/beratung/aop_moselle_luxembourgeoise/cahier_aop.pdf

La dénomination de l’Appellation d’Origine Protégée est « Moselle Luxembourgeoise ». Elle est placée sous le contrôle de l’Etat.
Pour obtenir l’agrément AOP, le vin doit répondre à un certain nombre de critères, à savoir le respect :

– Du cahier des charges de l’AOP.
– De normes analytiques et organoleptiques.

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Les contrôles relatifs au respect du cahier des charges et les examens analytiques sont assurés par l’Institut Vitivinicole de REMICH et les examens organoleptiques par une commission de dégustation dont la composition actuelle a été fixée par arrêté ministériel en date du 11 janvier 2017.

Le cahier des charges complété par les textes mentionnés au paragraphe précédent précise entre autre, la zone géographique de production (périmètre viticole), les cépages autorisés, les seuils relatifs aux volumes produits, les pratiques de vinification, les taux plafond de sucres résiduels, d’alcool ou d’acidité.

A titre d’exemple, l’AOP « Moselle luxembourgeoise » compte 14 cépages, auxerrois, chardonnay, elbling, gewürztraminer, muscat-ottonel, pinot blanc, riesling, rivaner, sylvaner, gamay, pinot gris, pinot noir, pinot noir précoce, saint-laurent.

Le respect du cahier des charges de l’appellation et la conformité des vins présentés aux contrôles analytiques et organoleptiques permettent l’utilisation de la dénomination « Moselle luxembourgeoise – AOP » en combinaison du certificat de contrôle ci-dessous apposé en contre-étiquette sur les bouteilles :

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Afin d’orienter le consommateur et de mettre en avant les vins de qualité, trois niveaux complémentaires d’appellation ont été créés, étant précisé qu’au moins 85 % des raisins, dont est issu le vin, doivent provenir de l’unité géographique concernée  :

– Les vins de terroir faisant mention du lieu-dit sur lequel ils ont été produits. Ils représentent les vins issus des meilleurs terroirs : les mentions de cépage et de millésime sont obligatoires, les rendements sont maîtrisés (en-deçà de 75 hl par ha) et les raisins sont vendangés à la main.
– Les « Coteaux de ». Cette mention suivie de la section, de la commune ou du canton traduit le respect d’un rendement maîtrisé, une vendange manuelle et une vinification attentive. Les vins relevant de ce niveau de cru sont définis comme des « vins de qualité typés ».
– Les « Côtes de » sont des vins équilibrés d’entrée de gamme, respectant un rendement de base maximum de 100 à 115 hl par ha selon les cépages.

Quelques mentions traditionnelles viennent compléter le dispositif des vins AOP :

Vendanges tardives : les vins bénéficiant de cette mention sont des vins tranquilles, blancs et doux. Ils sont issus d’une sélection rigoureuse du raisin par vendange manuelle tardive, les raisins étant récoltés à un stade de maturité avancé avec présence de pourriture noble.
Vin de paille : les raisins sains ont été récoltés à maturité et traités avant vinification. Ils sont soumis à un « séchage naturel » pendant une durée minimale de 2 mois, soit posés sur un lit de paille ou un matériel adéquat, soit par suspension.
Vin de glace : les raisins ont gelé sur pieds et sont récoltés à la main à une température naturelle extérieure inférieure à – 7 °C
Premier Cru et Grand Premier Cru destinés aux vins blancs dont les rendements de base sont fixés respectivement à 85 hl et 75 hl par ha. Seuls certains cépages sont autorisés comme Rivaner (uniquement 1er Cru) et Sylvaner, Auxerrois, Pinot Blanc, Pinot Gris, Riesling, Chardonnay, Muscat-Ottonel et Gewürztraminer (1er ou Grand 1er Cru selon rendement).

La dénomination « Crémant de Luxembourg » est également une mention traditionnelle, mais un peu à part, compte tenu de l’importance de sa production au Grand-Duché. Elle traduit des caractéristiques très précises de ce vin mousseux de qualité :

– Une vendange manuelle.
– Un pressurage raisonné sur raisins entiers ou grappes éraflées donnant au maximum 100 litres de moût pour 150 kg de raisins.
– L’élaboration se fait grâce à la méthode dite traditionnelle, la prise de mousse se faisant par fermentation en bouteille.
– Le stockage sur lie est de minimum 9 mois.
– La teneur en sucre est inférieure à 50 g par litre, ce qui permet uniquement les Crémants bruts, extra-sec, sec et demi-sec.
– Les crémants peuvent être mono-cépage, d’assemblage et/ou millésimés (dans ce dernier cas, le stockage est au minimum de 24 mois).

Pour être complet, il convient de signaler l’existence de chartes de qualité dans lesquelles les critères de production des vins complètent ceux fixés par la réglementation AOP :

– « Domaine et tradition » : cette charte regroupe sous forme associative, huit domaines viticoles luxembourgeois qui souhaitent « promouvoir la production de vins de qualité et la reconnaissance de ceux-ci dans le pays et à l’étranger ».
– « Charta Schengen Prestige » : il s’agit d’une charte transfrontalière réunissant dix domaines viticoles luxembourgeois, français et allemand.
– « Charta Privatwënzer », qui représente l’organisation professionnelle des vignerons indépendants et comprend une cinquantaine de membres.

La viticulture luxembourgeoise est à l’image du Grand-Duché. De petite taille, sa production est quantitativement confidentielle (de l’ordre de 0.05 % de la production mondiale). Toutefois, elle s’est dotée d’une réglementation orientant la production vers une augmentation de la qualité et la reconnaissance auprès des consommateurs. La viticulture luxembourgeoise recèle de nombreuses pépites concoctées par des femmes et des hommes de terrain passionnés et passionnants. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer par exemple que 16 crémants luxembourgeois ont été récompensés par une médaille d’or au dernier Congrès National des Crémants de France et du Luxembourg. Le guide Hachette 2018 met également à l’honneur un nombre important de vins et domaines luxembourgeois : 10 vins recueillent 3 étoiles (dont trois assorties de la mention « coup de cœur »), 9 sont classés à deux étoiles, 11 à une étoile et 7 font l’objet de citations particulières.

Christophe SERREDSZUM

Head of valuation and partner

Claire RINGEISEN

Assistante juriste en droit rural

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